Points de vue sur la recherche : La COVID-19 et la santé mentale de la population

La COVID-19 et la santé mentale de la population : pourquoi en savons-nous toujours si peu ?

En bref

Pendant la pandémie de COVID-19, face à la nécessité impérieuse de répondre rapidement à diverses questions, les chercheurs ont réalisé des études sans prendre suffisamment de temps pour constituer des échantillons appropriés ou utiliser des outils diagnostiques adéquats. Les auteurs de cet article mettent en garde contre le manque de précision des estimations actuelles en matière de santé mentale et offrent des conseils concernant l’emploi des données issues des études de recherche.

État de la question

La mise en place des services de santé mentale et leur évaluation se fondent sur des données administratives et des sondages. Or, au Canada, on ne dispose pas d’estimations sur la prévalence des troubles mentaux pendant la pandémie. Les auteurs de cet article présentent plusieurs méthodologies employées par les chercheurs pour recueillir des données et ils suggèrent des stratégies pour recueillir des données plus précises pendant la pandémie de COVID-19 ainsi que par la suite.

Idées avancées par les experts

Les auteurs citent trois méthodologies utilisées par les chercheurs pour saisir les données de prévalence.

  1. Outils de dépistage : Si les outils de dépistage rapide en santé mentale, dont le questionnaire sur la santé du patient (Patient Health Questionnaire – PHQ-9), l’échelle du trouble d’anxiété généralisée (Generalized Anxiety Disorder – GAD-7) et les diverses échelles de mesure pour l’évaluation du trouble de stress post-traumatique (TSPT) (Post Traumatic Stress Disorder Checklist – PCL-5), sont peu coûteux et pratiques, les études systématiques fondées sur de telles données ont tendance à surestimer le taux de prévalence, car ces outils, trop sensibles, ne sont pas des outils diagnostiques.
  2. Échantillonnage de convenance : Cette méthode, employée dans de nombreux sondages, peut conduire à une sous-représentation ou à une surreprésentation de divers sous-ensembles de la population étudiée. Selon les auteurs de cet article, les décisions prises sur la base de ces informations faussées pourraient entraîner des « coûts d’opportunité ».
  3. Possibilité de généralisation : Selon les auteurs, les résultats des études précitées ne sauraient être généralisés à d’autres populations en raison des défaillances des stratégies de mesure ou d’échantillonnage employées.

Selon les auteurs, il faut utiliser les données avec prudence, car les méthodes de recherche risquent de produire des résultats peu concluants ; il faut donc se garder de s’en servir comme si c’étaient des données fiables.   

Application pratique

Les auteurs conseillent aux décideurs et aux fournisseurs de services de faire preuve de prudence dans l’interprétation des données pour orienter les décisions en matière de politiques et mettre en œuvre des interventions en santé mentale.

Recommandations concernant les recherches à l’avenir

Afin d’établir une meilleure base pour la collecte des données de prévalence liées aux troubles mentaux, les auteurs recommandent la mise sur pied d’une initiative nationale dirigée par Santé Canada, en collaboration avec des experts en épidémiologie psychiatrique et en données administratives.

Auteur.e.s 

Scott B. Patten1, Stanley Kutcher2, David Streiner3, David Gratzer4, Paul Kurdyaket Lakshmi Yatham5

  1. Département des sciences de la santé communautaire de l’Université de Calgary, Alberta, Canada
  2. Département de psychiatrie de la faculté de médecine de l’Université Dalhousie, Halifax, Nouvelle‑Écosse, Canada
  3. Département de psychiatrie et des neurosciences du comportement de l’Université McMaster, Hamilton, Ontario, Canada
  4. Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario, Canada
  5. Université de Colombie-Britannique, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada

Remerciements

Cette activité d’échange de connaissances a bénéficié du soutien du réseau d’échange de connaissances EENet, intégré au Programme de soutien au système provincial du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH). Il n’aurait pas pu voir le jour sans l’apport financier du ministère de la Santé de l'Ontario (MSO). Les vues qui y sont exprimées ne représentent pas nécessairement celles du MSO ni de CAMH.

En savoir plus sur