L’impact des barrières linguistiques sur la qualité des soins en contexte francophone minoritaire
En bref
Les barrières linguistiques contribuent à la dégradation de la qualité des soins.
Pour les patients qui maîtrisent mal l’anglais, les risques en dehors de l'hôpital sont les suivants :
- erreurs de médication,
- obligation de consulter à nouveau un médecin pour le même problème de santé,
- séjour prolongé à l'hôpital.
D’après de nombreux utilisateurs de soins de santé, les prestataires ont des difficultés à poser un diagnostic en raison d’obstacles linguistiques. La plupart des patients ont décrit des tests supplémentaires et des retards de traitement en raison de ces obstacles.
Cette Recherche en bref examine l’article intitulé « Impact of language barriers on quality of care and patient safety for official language minority Francophones in Canada », publié dans Journal of Patient Experience (6)1 en 2019. DOI: https:// doi.org/10.1177/2374373518769008
Les publications intitulées Recherche en bref sont des résumés succincts d’articles de recherche, présentés en langage clair, dans un format convivial.
Objet de la recherche
Un examen récent des données probantes sur l'accès aux soins a mis en évidence l'importance de s'attaquer à ces barrières linguistiques.
Les systèmes de santé reconnaissent de plus en plus qu’il est essentiel d’assurer la prestation des services de soins en français, à la fois pour prendre correctement en charge les personnes vulnérables et bien gérer les risques organisationnels. Il faut fournir les services suivants :
- Services offerts par des prestataires bilingues
- Services d’interprétation par des interprètes qualifiés
- Panneaux de signalisation
- Traductions des informations médicales traduites
Méthodes
Les auteures ont combiné les résultats des questionnaires en ligne et sur papier à des entretiens individuels semi-structurés avec des patients et des interprètes - navigateurs de santé. Les participants étaient des francophones issus de communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) vivant dans quatre provinces canadiennes (Terre-Neuve-et-Labrador, Saskatchewan, Alberta et Ontario).
Conclusions de la recherche
Bien que certains services de santé soient disponibles en français, les utilisateurs des soins de santé ont indiqué qu'ils étaient limités. « Ne soyez pas malade l’après-midi ou le soir, car le service d’interprétation n’est disponible que le matin ».
Les barrières linguistiques deviennent plus problématiques dans des situations stressantes (p.ex., en cas de problèmes de santé urgents), ou si la personne est sous l'influence de médicaments ou qu’elle souffre. Ces barrières empêchent une description précise des symptômes, entraînent des tests de diagnostic supplémentaires et contribuent à commettre des erreurs de médication.
- 84 % des participants estiment que le système de santé reconnaît mal, voire pas du tout, les besoins des francophones minoritaires, les difficultés que leur posent les barrières linguistiques et la nécessité de leur offrir des services d'accès linguistique.
- 68 % des participants parlant mal l'anglais ont déclaré faire de leur mieux sans assistance linguistique.
- 20 % de tous les participants ont déclaré que, comme il n’existe pas de services de santé en français, ils n’ont recours à aucun service de peur de ne pas comprendre ou être compris.
La pénurie de personnel bilingue, la faible sensibilisation des patients aux services disponibles en français et les attitudes négatives envers les francophones minoritaires ont été identifiées comme des obstacles à l’accès aux soins dans la langue de la minorité. Il est essentiel de sensibiliser davantage les professionnels de la santé à l'impact des barrières linguistiques chez les locuteurs des langues officielles et de promouvoir l'offre active de services dans les deux langues officielles.
Témoignages des patients
« Mon médecin de famille ne parle pas français ; il est très gentil, mais il a plus de difficulté à comprendre mes besoins. »
« Si les services étaient offerts dans ma langue, je n'hésiterais pas à consulter différents fournisseurs. »
« Vous prétendez comprendre, alors que vous ne comprenez pas vraiment. »
«… son niveau de stress est tel qu'il refuse d'aller à l'hôpital […], il hésite à se mettre dans une situation où il ne pourra pas exprimer ses besoins. »
Applications possibles
Afin d’assurer des soins sûrs et de qualité, il faudrait offrir des services d’interprètes médicaux qualifiés lorsque des services directs en français n’existent pas.
Il faudrait soutenir à tous les niveaux les efforts déployés par des organismes de soins de santé pour sensibiliser davantage à l’incidence qu’ont les barrières linguistiques, et développer et mettre en œuvre des stratégies pratiques pour les réduire. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons assurer l’équité dans la qualité des soins et la sécurité des patients appartenant à des populations minoritaires de langue officielle.
Remerciements
La présente activité d’échange de connaissances est soutenue par le Réseau d’échange de données probantes (EENet), qui fait partie du Programme de soutien au système provincial du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH). EENet existe grâce à la contribution financière du ministère de la Santé (MS). Les opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les positions du MS ou de CAMH.
Même si le plus grand soin a été apporté à la sélection et à la préparation des informations contenues dans le présent Recherche en bref, il convient de préciser que ce dernier se fonde sur un seul article de recherche. Une recherche approfondie n’a pas été effectuée pour vérifier l’existence de nouveaux éléments de preuve. Par conséquent, le contexte sous-tendant la recherche, la terminologie utilisée, les méthodes de recherche et les conclusions de l’étude ne donnent peut-être pas un tableau complet de ce sujet particulier. Par ailleurs, comme un laps de temps a pu s’écouler entre l’étude elle-même et sa publication, celle-ci ne reflète peut-être pas les données actuelles.