Recherche en bref : L’utilisation de termes non stigmatisants améliore les résultats obtenus par les personnes présentant des troubles liés à l’usage d’opioïdes

Ce qu’il faut savoir

Chez les personnes présentant des troubles liés à l’usage d’opioïdes (TUO), l’utilisation d’un langage stigmatisant a une incidence négative sur leur entrée en soins et les résultats obtenus. L’équipe de recherche a constaté, en revanche, qu’un langage non stigmatisant, qui consiste à utiliser des termes qui ne véhiculent pas un jugement et sont scientifiquement exacts, a les effets contraires.

Objet de la recherche

L’équipe de recherche a remarqué que 20 % seulement des personnes présentant un TUO demandent des soins. Elle a donc cherché à comprendre en quoi l’utilisation d’un langage stigmatisant influe sur les résultats thérapeutiques et pourquoi le fait de modifier la manière de s’exprimer est susceptible d’entraîner une amélioration de ces résultats.

La stigmatisation est un processus de déshumanisation qui repose sur l’idée qu’une personne est moralement inférieure ou défaillante. Dans un langage stigmatisant figurent des libellés associés à des caractéristiques négatives ou à des clichés. Depuis 1964, les spécialistes tentent de trouver des termes définissant les troubles liés à l’usage de substances psychoactives (troubles liés à l’usage de SPA) comme un problème de santé et non comme un mauvais choix personnel.

Méthode

L’équipe de recherche a effectué une analyse de la littérature de type narratif couvrant la période comprise entre 2010 et 2019 en utilisant des mots-clés comme « troubles liés à l’usage d’opioïdes », « troubles liés à l’usage de substances psychoactives », « stigmatisation » et « langage ». Elle a examiné 52 articles en fonction des critères d’inclusion, et en a retenu 17 dans le cadre de l’étude.

Conclusions de la recherche

L’équipe de recherche a constaté qu’un langage stigmatisant creuse un fossé entre les personnes présentant des TUO et celles qui n’en ont pas. Lorsque nous utilisons des expressions ayant une connotation négative dans notre culture, nous définissons les personnes manifestant des TUO par leur état plutôt que par leur identité individuelle. Cette façon de percevoir ces personnes a un impact sur l’image qu’elles ont d’elles-mêmes et la manière dont les soins leur sont prodigués.  

L’équipe de recherche a dégagé quatre thèmes principaux :

  1. Langage stigmatisant: Elle a constaté que des termes comme « toxicomane » ou « droguée » continuaient à avoir des connotations négatives chez les personnes concernées, alors que des expressions centrées sur la personne, comme « personne présentant des troubles liés à l’usage de substances psychoactives », sont plus à même de réduire la stigmatisation. Certains des articles examinés le confirmaient et indiquaient, en outre, que ce genre de langage améliorait les résultats et réduisait la stigmatisation. Le tableau 1 présente des termes neutres et non stigmatisants, mais les prestataires de soins doivent savoir que certaines personnes en rétablissement préfèrent s’identifier comme « toxicomanes » et que leur choix doit être respecté.
  2. Langage stigmatisant utilisé par des prestataires de soins : L’étude a révélé que l’utilisation de certains termes comme « toxicomane » augmente les chances que les prestataires de soins considèrent les client·e·s comme responsables de leur situation. En outre, elle a montré que l’utilisation d’un langage stigmatisant par les prestataires de soins peut conforter les client·e·s dans l’idée de leur indignité, ce qui compromet leur traitement, et qu’elle risque de se pérenniser dans le grand public.
  3. Langage stigmatisant utilisé par le grand public : Selon l’étude, les médias d’information utilisent de plus en plus un langage stigmatisant pour décrire les TUO, ce qui dégrade dans l’opinion publique l’image des personnes ayant des TUO et des programmes de réduction des méfaits. Des mots comme « droguée » suscitent dans le grand public, y compris chez les prestataires de soins, des associations d’idées fâcheuses. De plus, il vaut mieux parler de « reprise de la consommation » que de « rechute ».
  4. Langage stigmatisant utilisé par des personnes ayant des TUO: L’étude a permis de constater que les personnes présentant des TUO sont susceptibles de reprendre à leur compte les attitudes et le langage stigmatisants du grand public et des prestataires de soins, ce qui nuit à leur fonctionnement, et aggrave leur dépendance aux substances psychoactives ainsi que leurs souffrances. Toujours d’après l’étude, les personnes utilisant les termes « personne présentant des TUO » pour se décrire obtiennent de meilleurs résultats thérapeutiques que celles utilisant le terme « toxicomane ».

Tableau 1 : Exemples de termes stigmatisants et de termes préférentiels

Terme stigmatisant

Terme neutre

Raison

abus d’opioïdes

utilisation excessive d’opioïdes

conformément au DSM-V

surdose

intoxication

sous-entend un comportement répréhensible ou cache un blâme

rechute

récurrence ou reprise de la consommation

jugement

sobre/« propre »

personne qui ne consomme pas actuellement de substances psychoactives/personne se rétablissant d’un trouble lié à l’utilisation de substances psychoactives

 

jugement

 manipulateur·trice/personne cherchant à se procurer de la drogue

tente de répondre à ses besoins/à la recherche de médicaments

les termes utilisés doivent être descriptifs, pas dégradants

Remarque : Le tableau ci-dessus a été préparé d’après les informations fournies dans le tableau 2 du document intitulé « Addressing bias and stigma in the language we use with persons with opioid use disorder: A narrative review ».

Portée et limites des conclusions

L’équipe a utilisé trois moteurs de recherche afin que les résultats restent gérables. Certes, elle aurait peut-être trouvé davantage d’articles si elle en avait utilisé plus. Parmi les articles examinés, six avaient été rédigés par le même groupe de recherche, ce qui a pu conduire à des biais. Deux articles s’appuyaient sur le même ensemble de données, les résultats ayant donc pu être faussés dans un sens ou un autre. Enfin, une analyse de type narratif, bien qu’utile pour examiner des thèmes généraux, peut donner lieu à davantage de biais qu’une analyse documentaire.

Applications possibles

Le mieux est de commencer à utiliser un langage « centré sur la personne », tout en respectant le droit d’une personne à s’identifier comme elle l’entend. Les prestataires de soins peuvent prôner l’utilisation d’un langage non stigmatisant dans leur milieu de travail (exemples au tableau 1) et auprès de leur ordre professionnel. Ils ou elles peuvent aussi plaider pour l’utilisation d’un langage neutre et précis dans les médias.

Dans le milieu de l’enseignement, on peut améliorer le contenu sur les troubles liés à l’usage de SPA dans les programmes d’études. Une première étape importante consiste à examiner les programmes d’études formels, informels et cachés. Autre possibilité d’amélioration : se donner les moyens de collaborer directement avec des personnes présentant des troubles liés à l’usage de SPA afin de cultiver l’empathie qui, selon l’étude, fait efficacement contrepoids aux préjugés défavorables auxquels sont exposés les étudiant·e·s dans la pratique clinique.  

À propos des autrices et de l’auteur

Karen Werder, Ph. D., M.Sc.inf., PMHNP-BC1

Alexa Curtis, Ph. D, MSP, PMHNP-BC, FNP-BC2

Stephanie Reynolds, MSP3

Jason Satterfield, Ph. D3

  1. Sonoma State University, Rohnert Park, CA, États-Unis
  2. Université de San Francisco, San Francisco, CA, États-Unis
  3. Université de Californie, San Francisco, CA, États-Unis

Référence

Werder, K., A. Curtis, S. Reynolds et J. Satterfield. « Addressing bias and stigma in the language we use with persons with opioid use disorder: A narrative review », Journal of the American Psychiatric Nurses Association, 28(1), 2021, p. 9-22. En ligne : https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/10783903211050121. Consulté le 16 mai 2023.

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