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Recherche en bref Le suboxone : une solution de traitement à domicile sûre pour les personnes présentant des troubles liés à l’usage d’opioïdes sur ordonnance

Ce qu’il faut savoir

Jusqu’à présent, les études comparant l’efficacité du traitement au suboxone et celle du traitement à la méthadone étaient menées sous une surveillance médicale stricte par souci de sécurité. Les personnes traitées trouvent souvent que cette approche est contraignante et beaucoup d’autres ne bénéficient pas en fin de compte d’un traitement, car cette surveillance obligatoire leur en limite l’accès. Le suboxone simplifie le recours à un traitement par agonistes opioïdes du fait même qu’il peut être pris chez soi. L’équipe de recherche a comparé les deux médicaments et a constaté que le suboxone se caractérise par sa souplesse et sa sécurité et qu’il fonctionne aussi bien que la méthadone pour traiter les troubles liés à l’usage d’opioïdes sur ordonnance.

Objet de la recherche

Les troubles liés à l’usage d’opioïdes sur ordonnance et d’opioïdes synthétiques ainsi que les dommages connexes 

sont la troisième principale cause de morbidité liée à la consommation de substances psychoactives après le tabac et l’alcool. Les traitements par agonistes opioïdes constituent une stratégie pour s’attaquer à ce problème. Si, depuis des années, la méthadone est la norme de soins au Canada, le suboxone (association de buprénorphine et de naloxone) est le traitement privilégié dans de nombreux pays et les lignes directrices canadiennes le recommandent désormais comme traitement de première intention.

Dans les études comparant l’efficacité du suboxone et celle de la méthadone, les patients recevaient leur dose quotidienne sous une surveillance médicale étroite. De nombreux patients trouvant difficile de se rendre dans une clinique tous les jours arrêtaient leur traitement. Le suboxone simplifie le recours à un traitement par agonistes opioïdes du fait même qu’il peut être pris chez soi.

Dans le cadre de l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances, l’équipe de recherche a mené l’étude OPTIMA (Optimiser les soins centrés sur le patient : essai contrôlé randomisé pragmatique comparant des modèles de soins pour la prise en charge du mésusage d’opioïdes sur ordonnance) pour évaluer l’efficacité d’un traitement au suboxone à domicile par rapport à un traitement standard à la méthadone chez les clients présentant des troubles liés à l’usage d’opioïdes sur ordonnance. L’essai s’est déroulé dans sept centres cliniques en Colombie‑Britannique, en Alberta, en Ontario et au Québec.

Méthode

Les participants étaient des adultes, hommes et femmes, âgés de 18 à 64 ans chez lesquels des troubles liés à l’usage d’opioïdes sur ordonnance avaient été diagnostiqués, qui étaient en quête de soins et avaient besoin d’un traitement par agonistes opioïdes. La moitié des participants, sélectionnés de façon aléatoire, a reçu de la méthadone sous supervision étroite en pharmacie, et les autres ont reçu du suboxone, qu’ils pouvaient le plus souvent prendre chez eux.

Les participants ont eu des visites de suivi avec l’équipe de recherche toutes les deux semaines, pendant 24 semaines. Lors de ces visites, ils mettaient à jour leurs données démographiques, les renseignements sur leur usage de substances psychoactives et d’autres informations relatives à leur santé. Ils fournissaient également un échantillon d’urine, dont l’analyse permettait de déceler la présence de diverses drogues illicites (morphine, oxycodone, fentanyl, benzodiazépines, cocaïne, amphétamine, méthamphétamine, cannabis, buprénorphine, méthadone et tramadol).

Conclusions de la recherche

L’équipe de recherche continue d’agréger tous les résultats de l’essai. Voici quelques-uns des résultats jusqu’à présent :

Portée et limites des conclusions

L’équipe de recherche a signalé que les personnes ayant besoin d’opioïdes pour la prise en charge de la douleur n’étaient pas admissibles à l’étude et qu’il faudrait prendre en considération cet élément au moment d’en généraliser les résultats. De plus, la dose de méthadone prescrite dans le cadre de l’étude ne correspondait pas à la posologie la plus élevée possible, ce qui peut en avoir diminué l’efficacité. Quoi qu’il en soit, la posologie moyenne, soit 82 mg, était plus élevée que dans certaines études précédentes.

Applications possibles

Cette étude apporte de nouveaux éléments prouvant que le traitement par agonistes opioïdes peut s’avérer efficace chez des personnes manifestant des troubles liés à l’usage d’opioïdes sur ordonnance. L’équipe de recherche invite à la prudence lors de l’interprétation des résultats de l’étude OPTIMA en raison du faible taux de rétention. Par ailleurs, l’étude n’ayant été réalisée qu’au Canada, il est difficile de généraliser les résultats à des pays qui n’ont pas le même type de système de santé. Selon elle, il est urgent de mettre en place d’une part des stratégies novatrices pour améliorer l’issue des traitements et, d’autre part, des modèles de soins mieux adaptés aux besoins. Ainsi, des interventions psychosociales intégrées seraient utiles pour aider les patient.e.s à continuer le traitement.

Auteur.trice.s

Didier Jutras-Aswad1,2, Bernard Le Foll3,4,5,6,7, Keith Ahamad8,9, Ron Lim10, Julie Bruneau1,11, Benedikt Fischer4,12,13,14, Jürgen Rehm4,5,15,16,17, Cameron Wild18, Evan Wood8,19, Suzanne Brissette1,11, Léa Gagnon1, Jill Fikowski8, Omar Ledjiar20, Benoit Masse20,21, M. Eugenia Socias8,19, du groupe de recherche de l’étude OPTIMA dans le cadre de l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances.

  1. Centre de recherche, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada.
  2. Département de psychiatrie et d’addictologie, faculté de médecine, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada.
  3. Département de pharmacologie et de toxicologie et département de médecine familiale et communautaire, faculté de médecine, Université de Toronto, Toronto, Ontario, Canada.
  4. Département de psychiatrie, Université de Toronto, Toronto, Ontario, Canada.
  5. École de santé publique Dalla Lana, Université de Toronto, Toronto, Ontario, Canada.
  6. Laboratoire de recherche translationnelle sur la toxicomanie, Institut de recherche en santé mentale de la famille Campbell, Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), Toronto, Ontario, Canada.
  7. Programme de soins actifs, CAMH, Toronto, Ontario, Canada.
  8. British Columbia Centre on Substance Use, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada.
  9. Département de médecine familiale, faculté de médecine, Université de Colombie-Britannique, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada.
  10. Département de médecine familiale et de psychiatrie, École de médecine Cumming, Université de Calgary, Calgary, Alberta, Canada.
  11. Département de médecine familiale et de médecine d’urgence, faculté de médecine, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada.
  12. École de la santé de la population et de pharmacie, faculté de médecine et des sciences de la santé, Université d’Auckland, Auckland, Nouvelle-Zélande.
  13. Centre de recherche appliquée en santé mentale et en toxicomanie, faculté des sciences de la santé, Université Simon Fraser, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada.
  14. Département de psychiatrie, Université fédérale de SãoPaulo (UNIFESP), São Paulo, Brésil.
  15. Institut de recherche en politiques de santé mentale, CAMH, Toronto, Ontario, Canada.
  16. Institut de psychologie clinique et centre de psychothérapie et Centre d’épidémiologie clinique et d’études longitudinales, Université technique de Dresde, Dresde, Allemagne.
  17. Département des projets de santé internationaux, Institut de leadership et de gestion de la santé, Première Université de médecine Ivan Setchenov de Moscou, Moscou, Russie.
  18. École de santé publique, Université de l’Alberta, Edmonton, Canada.
  19. Département de médecine, faculté de médecine, Université de Colombie-Britannique, Vancouver, Canada.
  20. Unité de Recherche clinique appliquée, Centre de recherche, Centre Hospitalier Universitaire Sainte-Justine, Montréal, Canada.
  21. Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique, Université de Montréal, Montréal, Canada.

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