Recherche en bref : Risque accru de comportements suicidaires chez les agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario

En bref

Dans le cadre de cette étude, on a mesuré les comportements suicidaires d’un échantillon d’agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario. Les agent.e.s des services correctionnels sont exposé.e.s de manière répétée à des événements potentiellement traumatisants sur le plan psychologique, ce qui peut augmenter leur risque de présenter des troubles mentaux et de mourir par suicide. On ne sait que peu de choses à propos de la prévalence des idées suicidaires, de la planification et des tentatives de suicide chez les agent.e.s des services correctionnels. Un sondage réalisé auprès d’agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario a permis à une équipe de recherche de constater que chez ces derniers et dernières, le taux de comportements suicidaires est plus élevé que dans la population canadienne en général, et que les femmes ainsi que les employé.e.s plus âgé.e.s, les personnes ayant un faible niveau d’instruction ou celles qui étaient séparées ou veuves étaient plus susceptibles de signaler des comportements suicidaires au cours de l’année écoulée et au cours de leur vie. Il ressort donc de ces observations que les agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario pourraient bénéficier d’un soutien renforcé pour protéger leur santé mentale.

Objet de la recherche

Une équipe de recherche canadienne a décidé d’étudier les comportements suicidaires chez les agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario. Les agent.e.s des services correctionnels comprennent toutes les personnes employées dans des services correctionnels dans la collectivité (p. ex. agent.e.s de probation et de libération conditionnelle) et dans des établissements pénitentiaires (p.ex. agent.e.s de correction, personnel soignant des prisons et surveillant.e.s). Les agent.e.s des services correctionnels trouvent leur milieu de travail stressant et sont exposé.e.s de manière répétée à des événements potentiellement traumatisants sur le plan psychologique, ce qui peut augmenter leur risque de présenter des troubles mentaux et de mourir par suicide.

Des travaux de recherche antérieurs montrent que, dans le personnel de la sécurité publique (PSP), qui se compose de professionnels de divers secteurs (p. ex. services correctionnels, services frontaliers, soins paramédicaux, police, lutte contre les incendies), le taux de comportements suicidaires est élevé. Toutefois, avant cette étude, très peu de recherches ont été menées sur la prévalence des idées suicidaires, plans et tentatives de suicide dans les services correctionnels en particulier.

Méthode

Dans le cadre de cette étude, les participant.e.s ont répondu à un sondage en ligne dans lequel on leur demandait s’ils.elles avaient eu des comportements suicidaires au cours de l’année écoulée et au cours de leur vie. Le ministère du Solliciteur général et le Syndicat des employées et employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO) leur ont envoyé un courriel qui les informait de cette étude et les invitait à y participer volontairement.

Au total, 974 agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario ont répondu au sondage en ligne.

Dans le cadre du sondage, des questions ont été posées aux participant.e.s sur ce qui suit :

Conclusions de la recherche

D’après les réponses au sondage, les taux d’idéation suicidaire, plans et tentatives de suicide dépassaient largement ceux constatés dans la population en général. Ainsi : 

Il semble également que plusieurs facteurs sociodémographiques soient associés à des comportements suicidaires. Les participant.e.s séparé.e.s, divorcé.e.s ou veuf.ve.s avaient beaucoup plus tendance à déclarer avoir eu des pensées suicidaires au cours de la dernière année et des plans de suicide au cours de leur vie que ceux et celles qui étaient en couple. De même, les participant.e.s ayant un faible niveau d’instruction étaient plus sujets à déclarer avoir eu des pensées suicidaires au cours de la dernière année que ceux et celles ayant fait des études collégiales ou universitaires.

En comparaison, les femmes et les employé.e.s. âgé.e.s de plus de 50 ans ont fait état de plus de tentatives de suicide au cours de leur vie que leurs homologues masculins et les jeunes employé.e.s. Chez les agent.e.s des services correctionnels de plus de 40 ans ainsi que chez les travailleur.euse.s ayant une longue ancienneté, le risque d’avoir des idées suicidaires au cours de leur vie semblait plus élevé que chez les jeunes employé.e.s ou les travailleur.euse.s ayant moins d’ancienneté.

Portée et limites des conclusions

Étant donné que l’échantillon de l’étude se composait de personnes volontaires, les résultats ne sont pas nécessairement représentatifs de l’ensemble des agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario. Un échantillon plus large et plus diversifié aurait permis à l’équipe de recherche d’examiner les différences entre les groupes professionnels au sein des services correctionnels.

Par ailleurs, d’après l’équipe de recherche, il est possible que les questionnaires en ligne soient moins valides et fiables que des entrevues réalisées par du personnel clinique. Elle a aussi fait observer que le nombre de tentatives de suicide est peut-être sous-évalué, en raison d’une sous-déclaration des symptômes par les participant.e.s. Qui plus est, le sondage ne collecte pas de données sur les décès par suicide.  

Certaines réponses au sondage étaient incomplètes, et les participant.e.s n’ont pas indiqué les raisons pour lesquelles ils.elles n’ont pas fini de répondre au sondage. De plus, les participant.e.s ayant indiqué avoir eu des comportements suicidaires n’ont pas indiqué le moment de l’apparition de ces derniers. Par conséquent, il n’est pas impossible que ces comportements se soient manifestés avant que les participant.e.s ne prennent leurs fonctions aux services correctionnels. 

Applications possibles

Ces résultats laissent à penser que les taux de comportements suicidaires chez les agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario sont nettement plus élevés que dans la population canadienne en général. De plus, des sous-groupes spécifiques, comme les femmes, les employé.e.s âgé.e.s de plus de 40 ans, séparé.e.s ou veuf.ve.s, ou ayant un faible niveau d’instruction semblent courir un risque accru de manifester des comportements suicidaires. Le clinicien.ne.s, les organisations correctionnelles et les décideurs peuvent s’appuyer sur les résultats de cette étude pour fournir des programmes de prévention et d’intervention adaptés aux besoins en matière de santé mentale des agent.e.s des services correctionnels de l’Ontario.

De plus, l’équipe de recherche a souligné l’importance d’évaluer le risque de suicide dans les établissements correctionnels. De plus amples recherches sont nécessaires pour appréhender les différences géographiques et démographiques et déterminer les mesures à mettre en œuvre pour réduire le risque de suicide chez les employé.e.s des services correctionnels.

Auteur.trice.s

  1. Nicholas Carleton1, Rosemary Ricciardelli2, Tamara Taillieu3, Andrea M. Stelnicki4, Dianne Groll5 et Tracie O. Afifi3
  2. Anxiety and Illness Behaviours Laboratory, Département de psychologie, Université de Regina
  3. École des études maritimes, Institut des pêches et de la marine de l’Université Memorial de Terre-Neuve
  4. Département des sciences de la santé communautaire, Université du Manitoba
  5. Département de psychologie, Université de Regina
  6. Département de psychiatrie, Université Queen’s

 

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