Recherche en bref : Disparités en matière de santé mentale et de bien-être entre les personnes âgées hétérosexuelles et de minorités sexuelles pendant la pandémie de COVID-19

Ce que vous devez savoir

La pandémie a durement touché les personnes âgées, particulièrement vulnérables aux formes graves de la COVID‑19, avec leur cortège de décès. Par ailleurs, les personnes âgées issues de groupes défavorisés, dont les minorités raciales et les populations à faible revenu, sont davantage exposées à une détérioration de leur santé mentale en raison de la pandémie. Aux États‑Unis, 25 % des personnes indiquant appartenir à une minorité sexuelle ont plus de 65 ans; pourtant, on sait peu de choses sur les effets de la pandémie de COVID‑19 sur la santé mentale et le bien-être des personnes d’âge mûr et des personnes âgées. Cette recherche sur les effets de la pandémie de COVID‑19 sur la santé et le bien‑être des personnes de cette catégorie appartenant à des minorités sexuelles visait à déterminer si les inégalités préexistantes en matière de santé mentale et de bien-être affectant les minorités sexuelles pouvaient avoir été intensifiées par la pandémie.

La recherche, menée aux États-Unis auprès de personnes de plus de 50 ans, a révélé que comparativement aux hétérosexuels, la santé mentale et le bien-être des personnes appartenant à des minorités sexuelles s’étaient davantage dégradés durant la pandémie et que ces personnes avaient connu de plus grandes difficultés sur le plan des relations interpersonnelles en raison de la diminution des contacts en personne.

Objet de la recherche

Il existe diverses minorités sexuelles : lesbiennes, gais, personnes bisexuelles, pansexuelles, queers, personnes ayant une orientation sexuelle fluide, personnes asexuelles et autres. Cette recherche, conçue sous l’angle de l’écologie sociale, visait à déterminer dans quelle mesure le bien‑être des personnes d’âge mûr ou des personnes âgées appartenant à des minorités sexuelles avait été affecté par la pandémie de COVID‑19, en prenant en compte les divers facteurs susceptibles d’influer sur les perspectives de chacun·e. Le chercheur avait émis l’hypothèse que parmi les personnes de cette tranche d’âge, les personnes appartenant à des minorités sexuelles devaient avoir été plus profondément affectées par la pandémie, tant sur le plan social que sur le plan mental, que les personnes hétérosexuelles.

Avant la pandémie de COVID‑19, des recherches avaient montré qu’en raison de l’oppression et de la discrimination interpersonnelles et institutionnelles, les personnes âgées appartenant à des minorités sexuelles étaient davantage vulnérables à l’angoisse et aux problèmes de santé que les personnes âgées hétérosexuelles. Le chercheur a donc postulé que les inégalités pesant sur la santé et le bien‑être des personnes âgées issues de minorités sexuelles et les rendant plus vulnérables pouvaient être exacerbées par la pandémie, trois facteurs pouvant expliquer ce phénomène :

Méthodes

Les données de l’étude provenaient du « module » COVID‑19 de juin 2020 de l’étude Health and Retirement Study (HRS), sur la santé des personnes ayant passé le cap de la cinquantaine. L’HRS est une enquête longitudinale réalisée aux États‑Unis, qui porte sur un échantillon représentatif de personnes de plus de 50 ans. En juin 2020, un sous-échantillon de répondants a rempli un module COVID‑19 qui visait à recueillir des données sur leurs expériences au cours de la pandémie. Pour identifier les minorités sexuelles, le chercheur s’est appuyé sur les questions relatives à l’orientation sexuelle et aux relations conjugales posées en début d’étude; pour explorer la santé mentale et le bien-être chez cette population, il a retenu sept indicateurs parmi ceux contenus dans le module : 1) la dépression, 2) les inquiétudes au sujet de la COVID‑19, 3) le stress lié aux mesures visant à endiguer la pandémie, 4) l’accroissement de l’isolement, 5) les changements relatifs aux contacts en personne, 6) les changements affectant les revenus, 7) les changements affectant la nature du travail.

Conclusions de la recherche

Les résultats de l’étude indiquent que la santé mentale des personnes appartenant à des minorités sexuelles a été davantage affectée que celle des personnes hétérosexuelles et que les répercussions de la COVID‑19 sur leur vie ont été plus importantes. Les réponses des personnes appartenant à des minorités sexuelles indiquaient qu’elles étaient davantage préoccupées par la COVID‑19 que leurs homologues hétérosexuels et davantage affectées par la solitude et le stress associés, et que les mesures anti‑COVID avaient eu des effets plus importants sur leur travail, notamment en termes de revenus. La recherche a permis de dégager trois résultats principaux :

  1. Dans l’ensemble, les réponses fournies par les personnes appartenant à des minorités sexuelles indiquaient que leur santé mentale et leur bien-être avaient davantage été touchés pendant la pandémie que la santé mentale et le bien-être des personnes hétérosexuelles. Les caractéristiques sociodémographiques ne suffisaient pas à elles seules à expliquer la différence.
  2. La diminution des contacts en personne a davantage affecté les personnes appartenant à des minorités sexuelles que les personnes hétérosexuelles.
  3. Les différences entre les minorités sexuelles et la majorité hétérosexuelle relativement à la santé mentale et au bien-être ne peuvent pas être entièrement expliquées par des différences au niveau de l’âge des répondants, de leur situation de famille, de leur origine raciale ou ethnique, de la composition des ménages ou de l’auto-évaluation de la santé. Il convient néanmoins de signaler que la dépression n’était pas plus sévère chez les personnes appartenant à des minorités sexuelles que chez les personnes hétérosexuelles.

Portée et limites des conclusions

Le chercheur indique que la portée de ses conclusions est limitée, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la méthode d’analyse choisie (analyse transversale) fait qu’il est impossible d’interpréter les résultats en termes de causalité. Deuxièmement, en raison de la taille relativement restreinte de l’échantillon de personnes appartenant à des minorités sexuelles qui a été obtenu à partir des données de l’HRS, l’étude n’avait pas de puissance statistique suffisante pour inclure un cadre intersectionnel permettant d’analyser les disparités dans les données – un problème couramment rencontré dans les ensembles de données recueillies au niveau national au moyen de fonds publics. En troisième lieu, l’analyse empirique ne permettait pas d’évaluer directement le poids de certaines expériences sur la santé et le bien-être des personnes de plus de 50 ans issues des minorités sexuelles, dont l’exposition à la stigmatisation structurelle; à l’avenir, on pourrait remédier au problème en incluant des mesures qualitatives.

Enfin, un grand nombre de mesures de l’HRS liées à la COVID‑19 étaient des mesures à item unique et aucune mesure n’a été validée. En effet, compte tenu de l’évolution rapide des conditions de la pandémie de COVID‑19, l’équipe de l’étude n’a pas pu procéder à la validation habituelle pour ne pas retarder la publication de son travail et elle espère que des études futures valideront ces mesures afin de donner une idée plus précise des effets de la pandémie de COVID‑19 sur la santé mentale et le bien-être des personnes de plus de 50 ans qui appartiennent à des minorités sexuelles.

Applications possibles

Les résultats de cette recherche devraient avoir des répercussions sur les politiques et les pratiques. Ils montrent la nécessité, pour les gouvernements, d’inclure des questions sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre lorsqu’ils recueillent des informations auprès des populations. Il y a d’ailleurs longtemps que les chercheurs et les défenseurs des droits des minorités sexuelles réclament l’inclusion de ces données de façon à ce que l’on puisse disposer d’échantillons de taille suffisante pour mieux évaluer la santé mentale et le bien-être des personnes appartenant à ces minorités. L’étude a en outre révélé que parmi les personnes qui avaient franchi le cap de la cinquantaine, celles qui appartenaient à une minorité sexuelle avaient connu une réduction plus importante de leurs contacts en personne pendant la pandémie de COVID‑19, ce qui montre que les décideurs devraient être attentifs aux besoins spécifiques de ces personnes en matière de soutien social.

En effet, les personnes d’âge mûr et les personnes âgées qui appartiennent à une minorité sexuelle pourraient hésiter à recourir aux services de soutien existants en raison de leurs expériences passées et présentes de la discrimination; il conviendrait donc de créer des programmes et des services spécialement destinés à cette population. Le chercheur estime que de tels programmes pourraient être créés avec la collaboration d’organismes communautaires sur le terrain.

Enfin, le fait que les personnes de plus de 50 ans appartenant à une minorité sexuelle soient plus préoccupées par la COVID‑19 et ses répercussions sur leur vie que leurs homologues hétérosexuels indique qu’il est essentiel que les gouvernements, les organismes de services sociaux et les prestataires de soins fournissent des informations actualisées et pertinentes sur les services et le soutien destinés aux personnes d’âge mûr et aux personnes âgées qui appartiennent à des minorités sexuelles.

Auteur·e·s

Jen-Hao Chen, Ph. D.1

  1. Département de sociologie et département de psychologie, Université nationale Chengchi, Taipei (Taiwan)

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