Recherche en bref : Soins virtuels pour les personnes présentant des troubles du comportement alimentaire pendant la COVID-19

Soins virtuels pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes présentant des troubles du comportement alimentaire pendant la pandémie de COVID-19 et par la suite : recommandations d’un groupe d’experts canadiens

En bref

Comme en témoigne l’augmentation spectaculaire des cas de troubles du comportement alimentaire (TCA) et des hospitalisations qui y sont liées dans le monde, la pandémie de COVID‑19 affecte les enfants, les adolescents et les jeunes adultes présentant ce genre de troubles. De plus, la fermeture des services hospitaliers de jour et les longues listes d’attente ont privé de traitement les personnes présentant des formes graves de TCA. Or, en dépit du virage virtuel au Canada des services ambulatoires destinés aux personnes présentant des TCA, il n’existe pas jusqu’ici de directives relatives à la télémédecine dans ce domaine. Il était donc essentiel, alors que les personnes vulnérables présentant des TCA courent le risque de mourir si elles ne reçoivent pas un traitement approprié, de déterminer des options de soins virtuels efficaces et viables pour les TCA, aussi bien pour toute la durée de la pandémie actuelle que pour la période post-pandémique.

Un groupe d’intervenants des quatre coins du Canada a élaboré les premières directives canadiennes relatives à la pratique clinique de soins virtuels aux enfants, adolescents et jeunes adultes présentant des TCA et au soutien à apporter à leurs aidants naturels pendant la pandémie de COVID‑19 et par la suite.

Objet de la recherche

La pandémie de COVID‑19 a perturbé la vie de nombreux jeunes : sentiment d’isolement, incertitude et perte de repères. Les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA) subissent également des effets négatifs liés à la crise sanitaire, dont aggravation de leurs symptômes, anxiété accrue et risque de rechute. De plus, les médias sociaux ont bombardé le public de messages sur la prise de poids « inévitable » qu’entraîne le confinement, ce qui peut faire naître chez les gens des inquiétudes malsaines quant à la forme du corps et au poids idéals et, chez les personnes qui ont des troubles de l’alimentation, entraîner des comportements alimentaires compensatoires néfastes.

Pendant la pandémie de COVID‑19, des orientations concernant les meilleures options pour traiter les TCA en mode virtuel ont fait défaut. Si la télésanté semble être une solution prometteuse, elle présente toutefois des difficultés toutes particulières dans le cas des TCA. Elle ne favorise pas l’instauration de rapports entre le.la thérapeute et les client·e.s, les appels vidéo augmentent le sentiment d’autocritique, et élimine la responsabilité des sujets de se peser, pesée qui est systématique pendant les séances en personne. Les objectifs de l’équipe de recherche ont donc été de résumer les meilleures données probantes disponibles sur : a) l’incidence de la COVID‑19 sur les enfants, les adolescents et les jeunes adultes souffrant de TCA et leurs aidants, b) les traitements virtuels et les autres soutiens et technologies adaptés à cette population.

L’équipe a procédé à une étude pour tenter de répondre aux questions suivantes :

  1. Quelles sont les répercussions de la COVID‑19 sur les enfants, les adolescents et les jeunes adultes présentant des TCA ainsi que sur leurs aidants naturels?
  2. Quelles sont les données probantes concernant les traitements qui peuvent être administrés en mode virtuel?
  3. Quelles sont les données probantes sur les méthodes d’auto-assistance pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes qui ont des troubles du comportement alimentaire et leurs aidants naturels?
  4. Quelles sont les données probantes sur les autres technologies électroniques (p. ex. thérapie par courriel, thérapie par message texte et applications pour téléphones intelligents)?
  5. Quelles sont les données probantes sur les hôpitaux de jour virtuels, la thérapie de groupe virtuelle et le soutien virtuel concernant la planification des repas?
  6. Quand les enfants, les adolescents et les jeunes adultes présentant des TCA devraient-ils être examinés en personne à des fins diagnostiques? Et comment assurer un suivi médical quand les jeunes restent chez eux?
  7. Quelle est l’incidence du sexe et du genre sur les soins virtuels?
  8. Quelles sont les lacunes dans les données issues des recherches?

Méthodes

L’équipe de recherche a réalisé une étude exploratoire de toutes les données probantes se rapportant aux effets de la COVID‑19 sur la population présentant des TCA et au traitement virtuel des TCA dans le contexte de la pandémie de COVID‑19. Elle a aussi effectué des recherches sur d’autres nouvelles technologies, l’auto-assistance en ligne et les témoignages des patients et des aidants naturels sur la cybersanté au cours des 20 dernières années. Les études retenues portaient sur diverses méthodes de traitement virtuelles, synchrones et asynchrones : télésanté/télémédecine, services de soutien téléphonique, messagerie textuelle, applications pour téléphone intelligent, courrier électronique, plateformes de santé mentale en ligne (p. ex. services de santé mentale fournis via internet ou d’autres technologies numériques), auto-assistance et forums en ligne encadrés.

Ont été exclues les études qui portaient sur des adultes âgés de plus de 25 ans, celles qui n’incluaient pas les TCA et celles qui portaient sur les médias sociaux. L’équipe de recherche a évalué la qualité des études retenues, après quoi elle a formulé des recommandations pour les soins virtuels des enfants, des adolescents (moins de 18 ans) et des jeunes adultes (de 18 à 25 ans) présentant des TCA et pour leurs aidants naturels. Ces recommandations, étayées par des données probantes, ont été présentées à un groupe d’intervenants de tout le Canada formé de cliniciens, de chercheurs, de parents de jeunes ayant des TCA et de personnes ayant une expérience vécue des TCA. Elles ont fait l’objet d’un débat et d’un vote, puis le groupe a élaboré des lignes directrices propices à des traitements efficaces.

Conclusions de la recherche 

Dans le cadre de leur étude exploratoire, les membres de l’équipe ont analysé 14 articles de recherche portant sur les répercussions de la COVID-9 sur les TCA, ainsi que 69 articles de recherche sur les soins virtuels pour les TCA.

Ils recommandent les méthodes suivantes, qui se fondent sur des données solides :

Ils ont constaté que les données à l’appui des méthodes ci-dessous n’étaient pas vraiment probantes :

Portée et limites des conclusions

Les membres de l’équipe de recherche signalent qu’ils n’ont pas été à même d’examiner les différences attribuables au sexe en raison du nombre limité de participants de sexe masculin dans les études examinées ainsi que du manque d’information, dans la littérature scientifique, sur l’impact de l’appartenance sexuelle sur les soins virtuels. De plus, nombre d’études incluses dans l’étude exploratoire avaient recruté les participants sur la base des symptômes signalés dans des sondages portant sur les TCA et non sur la base d’un diagnostic professionnel, ce qui empêche de recommander avec certitude tout traitement virtuel visant des diagnostics précis de TCA.

Applications possibles

Plusieurs pistes ont été définies pour les futurs travaux de recherche, dont l’incidence du sexe, du genre, de la race et de la situation socio-économique sur les soins virtuels chez les enfants, les adolescents et les adultes émergents ayant des TCA, ainsi que les services intensifs, dont les hôpitaux de jour virtuels et le soutien virtuel concernant la planification des repas. Les auteurs suggèrent aux cliniciens de s’appuyer sur ces lignes directrices pour éclairer leurs décisions concernant les traitements les plus efficaces à mettre en œuvre pour les personnes souffrant de TCA pendant la pandémie de COVID‑19 et par la suite.

Auteur.e.s 

Jennifer Couturier1,2 , Danielle Pellegrini1, Catherine Miller3, Neera Bhatnagar1, Ahmed Boachie4, Kerry Bourret5, Melissa Brouwers6, Jennifer S. Coelho7, Gina Dimitropoulos8, Sheri Findlay1,2, Catherine Ford9, Josie Geller7, Seena Grewal4, Joanne Gusella10, Leanna Isserlin6, Monique Jericho8, Natasha Johnson1,2, Debra K. Katzman4, Melissa Kimber1, Adele Lafrance11, Anick Leclerc2, Rachel Loewen12, Techiya Loewen13, Gail McVey4, Mark Norris6, David Pilon10, Wendy Preskow14, Wendy Spettigue6, Cathleen Steinegger4, Elizabeth Waite15 and Cheryl Webb1,2

  1. Université McMaster, Hamilton, Ontario, Canada
  2. Hôpital McMaster pour enfants, Hamilton, Ontario, Canada
  3. Association canadienne pour la santé mentale, Waterloo, Ontario, Canada
  4. Université de Toronto, Toronto, Ontario, Canada
  5. St. Joseph’s Care Group, Thunder Bay, Ontario, Canada
  6. Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada
  7. Université de Colombie-Britannique, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada
  8. Université de Calgary, Calgary, Alberta, Canada
  9. Ministère de la Santé/ministère des Soins de longue durée, Ontario, Canada
  10. Université Dalhousie, Halifax, Nouvelle-Écosse, Canada
  11. Université Laurentienne, Sudbury, Ontario, Canada
  12. Défenseuse des droits des patients, Woodstock, Ontario, Canada
  13. Défenseuse des droits des patients, Woodstock, Ontario, Canada
  14. National Initiative for Eating Disorders, Toronto, Ontario, Canada
  15. Défenseuse des droits des parents, Ottawa, Ontario, Canada

En savoir plus sur